Image de A-FREAK-A
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Pierre, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? J’ai créé A-freak-A à la sortie de mes études, j’ai fini par un DESS dans le management des sports de glisse à Bidart, sur la côte basque où je vis toujours, à Bayonne précisément. À la fin de ce cursus, la question inéluctable se pose à moi : qu’est-ce que je fais maintenant ? Les voyages m’ont fait prendre conscience des inégalités entre le nord et le sud avec une certaine amertume, comment faire en sorte de rééquilibrer tout ça ? Ma passion pour les sports de glisse et de plein air à aiguiser mon attachement pour une nature propre, pour une forme d’indépendance et pour prendre des risques mesurés mais engagés. J’ai donc décidé de prendre mon courage à 2 mains en me lançant dans l’aventure A-freak-A, avec quelques bagages, mais sans vraiment d’expérience dans la mode, et encore moins de compétences dans le stylisme ou le modélisme. Juste une furieuse envie de faire bouger les choses.
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Pourquoi avoir créé A-Freak-A ? Pour montrer que c’est possible, possible de concilier une économie juste et propre dans notre monde moderne. Préférant convaincre par l’exemple que par de longs discours, A-freak-A se veut être un support concret pour parler des richesses de l’Afrique, donner de l’écho aux talents des artisans et à leurs initiatives collectives pleines d’espoir. Pari ambitieux mais pas encore gagné, depuis le début il a fallu faire face à de nombreuses difficultés : - Former les artisans aux techniques de la couture en série, eux ayant plutôt le savoir-faire du sur-mesure, sans bagages techniques et sans moyens techniques. - Évoluer dans un environnement économique en dégringolade. Le secteur textile africain a beaucoup souffert de la concurrence internationale avec l’émergence des produits asiatiques et l’afflux des vêtements de seconde main de l’Europe. - Trouver les moyens nécessaires pour produire, distribuer et rémunérer les personnes impliquées au sud et au nord. A-freak-A s’est débrouillé tant bien que mal depuis le début en composant avec tous ces paramètres, en dépensant beaucoup d’énergie et ses modestes ressources pour concrétiser ses ambitions, au prix de nombreux sacrifices et de pas mal de ratés, n’arrangeant pas les finances de l’association. Mais les relations nouées avec les partenaires et les enjeux derrière le projet ont alimenté une persévérance tenace. L’arrivée en 2008 d’une nouvelle force vive a permis de redonner de l’espoir et des perspectives à un moment critique de l’aventure. Une styliste-modéliste et formatrice est venue renforcer les rangs, en apportant son expertise et son enthousiasme. Les moyens restent toujours limités et l’avenir incertain mais le travail amorcé depuis le début de la marque devrait pouvoir se concrétiser grâce au nouveau tournant qu’A-freak-A a engagé avec cette nouvelle venue qui s’implique à 200% dans le succès de l’aventure.
Quel type de vêtements commercialisez-vous ? La collection permet de combler tant les femmes que les hommes, avec des modèles essentiellement réalisés à la main dans des séries limitées. Les tissus typiques de l’Afrique sont mis en valeur à travers des coupes modernes et confortables. La collection tient d’une réelle démarche créative où chaque modèle est travaillé en étroite collaboration avec les gens même qui les réalisent.
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Où peut-on les acheter ? Du fait du côté expérimental des premières collections, la distribution se résumait jusqu’à présent à L’ETHIKET’BUS et à quelques boutiques amies entre Bayonne et Bordeaux. Aujourd’hui avec une meilleure maîtrise de la création et de la production, grâce à notre styliste, nous pouvons désormais nous adresser aux professionnels. Suite à l’Ethical Fashion Show, nous avons plusieurs boutiques intéressées dont nous communiquerons les coordonnées très prochainement sur notre site internet, mais nous cherchons encore des points de vente pour étendre le réseau de distribution et donner plus d’ampleur à notre démarche. On ne reverra donc plus le Bus à impérial rouge ? L’ETHIKET’BUS fait effectivement une pause, mais il compte continuer sa route en se concentrant sur une partie qui lui tient à cœur : l'éducation. Ce formidable outil de sensibilisation à des modes de consommation responsable va donc arrêter sa tournée hebdomadaire des marchés pour se dédier aux interventions pédagogiques dans les écoles. Mais peut-être le reverrez-vous d’ici l’été prochain sur des festivals et autres événements alternatifs désireux de faire découvrir ce concept. Est-ce que les vêtements équitables « A-Freak-A » coûtent plus cher que des vêtements issus du commerce conventionnel ? Les vêtements coûtent aussi cher que des vêtements issus du commerce conventionnel, sans la même notoriété cependant. L’image se paye. Avec nos faibles moyens, nous préférons rétribuer déjà nos partenaires.
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A combien de producteurs du Sud environ profitent les ventes ? Les avez-vous déjà rencontrés ? Sur les 3 structures partenaires au Sénégal et en Guinée, on peut parler d’au moins 50 emplois liés à notre activité. Nous travaillons en étroite collaboration avec les producteurs du Sud, que nous visitons au moins deux fois par an. Nous préférons d’ailleurs les considérer plutôt comme des partenaires, dans le sens où nous leur apportons autant qu’eux nous apportent. Nous nous déplaçons dans les ateliers pour réaliser les prototypes directement avec les chefs d’ateliers et les couturiers qui s’occupent de la production. Nous ne faisons pas que créer des modèles, nous suivons sur place chaque étape de la réalisation d’un nouveau produit, du tissage à la confection en passant par la teinture et le choix des tissus. Connaissez vous l’impact de vos ventes pour ces producteurs ? L’impact est très différent selon chacun de nos partenaires, certains travaillent avec d’autres clients qu’A-freak-A, nos commandes restent jusqu’à présent trop modestes pour permettre de vivre toute l’année avec ce travail. Il permet de toute manière d’apporter une activité ponctuelle mais régulière toujours appréciable dans des zones qui cherchent désespérément des débouchés, aussi tous gagent sur le succès d’A-freak-A en donnant le meilleur pour contribuer à notre réussite commune . Un exemple concret peut-être ? A-freak-A a permis à Boubacar Bah de retourner dans son village d’origine en Guinée depuis le Sénégal. Ce petit tailleur a quitté la banlieue de Dakar pour retrouver son village natal. Il a transféré son atelier de la ville la plus dynamique de cette région de l’Afrique à une campagne reculée sur les plateaux du Fouta Djalon, sans eau courante ni électricité, préférant développer son propre projet chez lui avec le soutien d’A-freak-A qui lui a permis de s’équiper en machines professionnelles et qui lui assure des commandes régulières. A-Freak-A s’engage-t-il dans d’autres domaines que le commerce équitable ? Depuis le début, A-freak-A intervient régulièrement dans les écoles pour sensibiliser les jeunes aux écarts entre le nord et le sud et faire réaliser aux plus jeunes les enjeux et les effets d’un commerce équitable. Depuis 2008, A-freak-A s’implique également dans la formation professionnelle de ses partenaires. Un programme de formation de formateurs a été mis en place pour approfondir les compétences des partenaires au niveau du modélisme et de la teinture.
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Quelle est votre vision du commerce équitable ? À votre avis, comment va-t-il évoluer ? Plus particulièrement dans le domaine de la mode peut-être ? Le commerce équitable reste encore un marché de niche, qui doit faire ses preuves et qui a encore pas mal de pain sur la planche pour s’accorder entre tous ces acteurs. A mon sens, l’aspect social est moins soutenu que l’aspect environnemental. De plus en plus d’entreprises se repeignent la façade en vert mais n’abordent jamais les conditions de travail des peintres. Au niveau de la mode, les inégalités entre les différentes zones de production font que l’Afrique reste encore et toujours le continent à l’écart du développement. L’Inde ou l’Amérique latine offrent de biens meilleures capacités de production avec des filières textiles déjà bien établies et de surcroît avec un package équitable clé en main. Quelques projets futurs que vous aimeriez évoquer ? A-freak-A souhaite avant tout arriver à faire que son activité soit pérenne, il y a encore du chemin à faire. Mais les projets ne manquent pas, comme continuer le programme de formation de formateurs, aider nos partenaires à s’équiper en machines à filer et à tisser afin de remonter une filière de transformation du coton plus flexible que les grosses usines qui refusent de traiter le coton bio en dessous de certains volumes, accompagner l’atelier en Guinée dans le montage d’un centre de formation et de production. Toutes ces perspectives sont enclenchées, restent à trouver les moyens de les mettre toute en œuvre. À suivre…
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