Mise en bouche africaine

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Doukas mahoraise (épicerie locale) © Nicolas CAVE
Doukas mahoraise (épicerie locale) © Nicolas CAVE
Du bio : Oui !! Mais à quel prix ?
 
La production, la commercialisation, la consommation de produits bio soulèvent différentes questions inhérentes à cette catégorie de produits.
 
Pour moi, un produit bio doit être durable quant à sa production, évidemment, mais aussi tout au long de son cheminement vers notre assiette : transport, conservation, packaging… C’est malheureusement, très souvent, loin d’être le cas…
Alors, manger BIO en Afrique : Oui… Mais comment et surtout sous quelles conditions ?
 
Le transport, l’importation des produits bio vers l’Afrique…
 
En Afrique, les quelques produits biologiques que nous trouvons sont très souvent destinés à l’exportation.
Les ananas, papayes et autres mangues biologiques produits au Cameroun et consommés en Europe ou aux Etats-unis, sont transportés généralement par avion pour « un meilleur respect de leur qualité gustative »…Oui, pourquoi pas… Mais alors les « kilomètres alimentaires » parcourus par ces produits jusqu'aux assiettes des pays industrialisés sont énormes. La teneur en CO2 de notre alimentation dépend largement du mode de transport utilisé…Mais aussi du mode de conservation car les produits, pour garder leur qualité, en dépit des conditions et du temps de voyage peuvent être : irradiés, refroidis, surgelés ou supporter un ajout de conservateurs…Manipulations, qui, à mon sens, ont forcément un impact sur la qualité nutritionnelle des produits… N’est-ce-pas ?
 
Oui, c’est vrai, je le conçois, si le marché français, par exemple, n’importe pas de produits exotiques, jamais vous ne pourriez en manger ou y goûter…Mais, est-ce vraiment raisonnable ? Alors, adieu, banane, kiwi, ananas etc…Non ? Vous n’êtes pas encore convaincu… Ok…
 
… Alors, inversons la balance et évoquons la position de l’Afrique face à sa consommation et ses importations de produits bio.
Comme, je l’ai évoqué un peu plus haut, en Afrique, la production de produits bio est très largement destinée à l’export. Après maintes recherches, j’ai eu vent d’un petit producteur local « Bio Tropical ». Il produit, exporte et commercialise même sur le marché national. Épatée que j’étais, j’ai cherché à acheter et à consommer… Ma frénésie bio était relancée…Mais s’est vite essoufflée. Où sont les ananas, les mangues, les jus et autres fruits séchés bio, que j’ai envie de déguster, de savourer, de sentir à plein nez et surtout de donner à ma family ? Rien à l’horizon, tanpis, ça fera l’objet d’une prochaine enquête… Ça c’est Promis !
 
Bref, pour être certain de trouver de bons produits bio, rien de mieux que de se rendre dans les supermarchés du coin : Mahima, C… ou LP.
Mais soyons réalistes, est-ce vraiment éthique et donc raisonnable pour notre petite planète bleue que d’acheter des produits bio importés depuis la France et souvent produits au delà des frontières françaises alors qu’ici, en cherchant bien, on peu trouver de bons produits, par toujours bio, c’est vrai, mais produits localement…
 
J’avoue, oui, j’avoue, qu’il m’arrive parfois de craquer pour du riz bio, de l’huile d’olive bio aussi… oui, oui ! Le pire fut même de demander à Pascaline, lorsqu’elle est venue nous rendre visite à Douala, de me ramener un gros pot de purée de noisette bio… pfff… J’ai honte, mesurez, un peu, l’ecobilan astronomique de mon caprice !! La planète bleue, du coup, elle a avalé ma noisette de travers… c’est sur !
 
Enfin, tout ça pour dire, que l’on veut bien faire. Le bio, il paraît que c’est bon pour le bidon de nos enfants, alors, on suit un peu cet effet de mode… Parfois à raison, parfois à tort !!
 
Aussi avec ma petite famille, on a décidé de faire attention. Du bio, oui, mais pas que…
 
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Plantation d'ananas au Cameroun © Bio tropical
Plantation d'ananas au Cameroun © Bio tropical
Le privilège des produits locaux.… Vive la biodiversité !
 
Notre préférence va aux produits camerounais et de saison.
Ce n’est pas toujours facile, mais voilà, on a décidé de dire adieu aux abricots, pêches et autres asperges.
Des produits bio : oui. Mais importés : Non.
Ils coûtent très cher à notre planète mais aussi à notre porte-monnaie (vous y croyez vous : 21 euros le kilo d’asperges)
 
Aujourd’hui, nous allons chez notre « légumier » situé à une rue de chez nous : petit stand de fortune posé, comme ça, sur le trottoir à même le sol, sur des palettes ou bien dans des paniers tressés main : Une vraie caverne d’Ali baba des fruits et légumes.
On y trouve de tout, du classique haricot vert en passant par les tomates, brocolis, betteraves et courges, sans oublier les fruits exotiques à foison : mangues, fruits de la passion, ananas, bananes bien sur etc…
Les concombres et autres courgettes sont loin d’être calibrés, ceux-là au moins, ne sont pas importés et viennent du village. Peut-être pas tout à fait bio (aucune certification) mais malgré tout bien meilleurs que les produits qui poussent sous serre et que nous consommons dans nos chers pays industrialisés.
 
Je dis « pas tout à fait bio » mais presque parce qu’il m’a été soufflé qu’ici, importer des engrais chimiques et autres insecticides, c’était assez compliqué. Et à regarder de plus près les légumes, on voit bien que ces derniers ne sont pas luisants, nets et totalement aseptisés comme ceux que nous pouvons trouver parfois sur les étalages de certains supermarchés.
Ici, les courgettes, concombres et aubergines sont fréquemment « habités ». Et les choux-fleurs et brocolis sont petits, difformes et plus que « tâchés »… Si on aime les légumes, il faut nettoyer voir récurer…
 
Nous pouvons même nous targuer d’une certaine biodiversité, puisque nous avons découvert de nouveaux fruits comme les prunes de cythère ou cassimango (en compote ou confiture c’est délicieux), la cola du singe etc…
Ces produits, c’est certain, sont bio tout comme les papayes au calibre incroyable, sans oublier la large offre de tubercules : patate douce, igname, manioc et tant d’autres…
 
Au fait, je ne vous ai pas raconté. C... cherche aussi à nous vendre des fruits sec bio importés et estampillés MDD… Alors qu’au Cameroun, lorsqu’on quitte la ville et que nous nous rendons en brousse, il n’est pas rare de rencontrer des groupes de femme qui ont investi dans un séchoir à fruits et qui font leur propre production de fruits sec et ce, de façon artisanale… Elle est pas belle la vie !!! Franchement, mon choix est vite fait, pas vous ?
 
Autre aberration : quand on dit Cameroun, on pense cacao, café, épices… Dur, dur de trouver tout cela ici. C’est pour dire, le seul chocolat en poudre « local » que nous trouvions pour ti’Mowgly étant manufacturé et donc très très sucré, nous nous sommes dit, ok, on va lui prendre du cacao amer… Bah rien.. nada… Recherches non satisfaites… Du coup, nous achetons du cacao amer (non bio) importé depuis la France et produit on ne sait où… Peut-être au Cameroun, allez savoir, et surtout imaginez le circuit du produit. Bonjour, l’empreinte écologique.
 
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Marché local © Nicolas CAVE
Marché local © Nicolas CAVE
Pour l’achat de produit importé : Privilégions le commerce équitable !
 
Pour finir, un petit détour vers le commerce équitable…
 
Tout comme les produits bio (35% des produits alimentaires équitables sont associés aux labels ou marques labels bio), les produits équitables que nous trouvons sont disponibles dans les enseignes de la grande distribution, donc importés, à des prix faramineux. Mais quitte à acheter des produits importés, autant piocher dans une catégorie d’achat, qui change la vie de petits producteurs du sud.
Le problème à mes yeux est que ces produits ont, dans un premier temps, étaient exportés en France pour ensuite être à nouveaux dispatchés en Afrique. Incroyable non… et coûteux oui !!
 
Au Cameroun, différents ateliers, sur le commerce équitable des produits agricoles, ont été organisés. L’intérêt étant de sensibiliser les producteurs sur ce concept, leur présenter les avantages et les inconvénients de ce type de commerce et surtout les motiver !
 
Nous pouvons prendre l’exemple de Prescraft (projet de l’église Presbytérienne du Cameroun) qui vise à améliorer la vie dans les campagnes, éviter l’exode rural (qui n’est ici que synonyme de précarité), préserver l’art traditionnel et l’artisanat.
Ce type d’initiative est malheureusement encore rare au Cameroun (et de plus voué à l’exportation). Beaucoup de chemin reste à faire, nous nous en rendons largement compte au travers de cet article paru en juin 2008 dans Le Monde : lire l'article
 
Contrairement au Cameroun, l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso pour ne parler que d’eux), travaille davantage à une démarche équitable notamment au niveau du coton, des cosmétiques (savon noir) et du café… Cela fera l’objet d’un article plus complet par la suite…
 
Aaaahhh, vous comprenez bien que le marché du bio, du commerce équitable en Afrique, ce n’est pas si simple… Si je pouvais consommer bio à longueur de journée : alimentation, cosmétiques, produits d’entretien, textile… Je serais la plus heureuse du monde. Le rêve ultime : un biocoop africain… heuuu… Soyons réalistes, l’Afrique n’est pas encore prête et à défaut de consommation bio et / ou équitable, je dirais qu’à la maison, nous consommons éthique… Et ce n’est déjà pas si mal… non ??
 
Moralité : Je consomme LOCALE et fais fonctionner l’économie LOCALE… Allez… En marche vers une consommation responsable et durable !!!
Du bio : Oui… Mais pas à n’importe quel prix !!
 
Carole TARAN CAVE
 
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